Avec la subrogation, l'employeur continue de verser le salaire pendant l'arrêt maladie et perçoit à la place du salarié les indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS). Rien ne l'y oblige en droit du travail général, mais elle devient de plein droit dès que le salaire maintenu atteint au moins le montant des IJSS, et beaucoup de textes de branche (CCN) l'imposent.
L'employeur avance, la caisse rembourse les IJSS
- Subrogation : l'employeur avance le salaire, la caisse primaire d'assurance maladie lui rembourse les IJSS.
- Elle joue de plein droit si l'employeur maintient un salaire au moins égal aux indemnités journalières (article R323-11 du code de la sécurité sociale).
- Sans maintien ni clause de la CCN, l'assuré perçoit directement ses IJSS de la CPAM.
- Le signalement de l'arrêt se fait par la DSN, qui vaut attestation de salaire.
Qu'est-ce que la subrogation de salaire en cas d'arrêt maladie ?
La subrogation est un mécanisme de gestion par lequel l'employeur se substitue au salarié pour percevoir les indemnités journalières versées par l'assurance maladie. Au lieu que la caisse paie le salarié et que l'entreprise complète ensuite, l'employeur verse la totalité de la somme due sur le bulletin de paie, puis récupère la part de la Sécurité sociale. Le salarié ne voit donc aucune interruption de revenu pendant la période d'arrêt de travail pour maladie.
Définition simple : subroger, c'est prendre la place de quelqu'un dans ses droits. Ici, l'entreprise prend la place du salarié dans son droit aux IJSS, pour la durée où elle lui verse elle-même un salaire. Ce n'est pas une aide ni un avantage supplémentaire : le montant global perçu par le salarié ne change pas avec la subrogation, seul le circuit du versement change.
La subrogation s'inscrit dans le cadre plus large des obligations de l'employeur en matière de droit du travail et de protection sociale des salariés. Elle concerne les arrêts pour maladie, mais aussi l'accident du travail et la maladie professionnelle, ainsi que certains congés indemnisés par la sécurité sociale, comme le congé maternité ou paternité, lorsque l'employeur maintient la rémunération.
Sans subrogation, le circuit est double. La CPAM verse directement les IJSS au salarié, en général tous les 14 jours, et l'employeur verse de son côté l'indemnité complémentaire, calculée sous déduction des indemnités journalières. Le salarié reçoit alors deux paiements à des dates différentes, et le bulletin de paie ne montre qu'une partie de ses ressources du mois.
Comment fonctionne la subrogation, étape par étape
La subrogation suit un enchaînement précis, du premier jour d'arrêt jusqu'au remboursement de l'employeur. Voici les étapes, dans l'ordre où elles se produisent dans l'entreprise.
- Le salarié transmet son arrêt : il envoie les volets de l'avis d'arrêt de travail à sa caisse et à son employeur dans les 48 heures, comme le rappelle la fiche de service-public sur les obligations du salarié en arrêt.
- L'employeur fait le signalement en DSN : la déclaration sociale nominative porte un signalement d'arrêt de travail, qui remplace l'ancienne attestation de salaire papier. C'est dans ce signalement que l'employeur indique qu'il pratique la subrogation, avec la date de début et la date de fin de subrogation prévues.
- La caisse calcule les IJSS : elle vérifie les conditions d'ouverture du droit et détermine le salaire journalier de base à partir des salaires déclarés.
- L'employeur verse le salaire maintenu : sur le bulletin de paie du mois, la rémunération est maintenue en tout ou partie, et les IJSS attendues figurent en déduction ou en ligne spécifique selon le logiciel de paie.
- La CPAM rembourse l'employeur : les indemnités journalières sont versées directement sur le compte bancaire de l'entreprise, pour la période couverte par la subrogation.
Le point de vigilance, côté gestion de la paie, tient au rapprochement entre ce qui a été avancé et ce que la caisse rembourse réellement. Un écart de date, un arrêt prolongé non déclaré ou une erreur dans la DSN, et l'employeur se retrouve à avoir versé des sommes qu'il ne récupère pas. Un suivi mensuel des remboursements par salarié évite ces pertes silencieuses.
Quelles sont les conditions de la subrogation ?
La subrogation repose sur deux sources : le code de la sécurité sociale, qui la rend automatique dans un cas précis, et la décision de l'employeur ou la CCN, qui peuvent l'imposer ou la prévoir dans les autres cas.
La subrogation de plein droit
L'article R323-11 du code de la sécurité sociale prévoit que l'employeur est subrogé de plein droit dans les droits du salarié aux indemnités journalières lorsque le salaire est maintenu en totalité ou en partie pendant l'arrêt, à condition que le montant du salaire maintenu soit au moins égal à celui des IJSS pour la même période. Dans ce cas, il n'a besoin ni du consentement de l'intéressé ni d'une demande particulière : la subrogation est la conséquence directe du maintien de salaire.
La subrogation imposée par la branche ou l'entreprise
Beaucoup de textes de branche organisent la subrogation de l'employeur, pour tout le personnel ou à partir d'une certaine ancienneté. Un engagement unilatéral ou un usage d'entreprise peut aussi la mettre en place. Il faut donc toujours lire la CCN applicable avant de savoir si l'employeur doit avancer le salaire.
Les conditions liées au salarié
La subrogation suppose que le salarié ait lui-même droit aux IJSS. Selon la fiche F3053 de service-public, mise à jour le 1er juin 2026, il doit justifier pour un arrêt de moins de six mois de 150 heures de travail sur les trois mois civils précédents, ou de cotisations sur un salaire au moins égal à 1 015 fois le SMIC horaire sur six mois. Au-delà de six mois d'arrêt, les conditions se durcissent : 12 mois d'affiliation et 600 heures de travail sur 12 mois, ou cotisations équivalentes. Sans droit ouvert à la caisse, il n'y a rien à percevoir à la place du salarié.
Maintien de salaire et subrogation : quelle différence ?
Les deux notions sont souvent confondues, alors qu'elles répondent à deux questions distinctes. Le maintien de salaire dit combien le salarié perçoit pendant son arrêt maladie. La subrogation dit qui verse cette somme et par quel circuit. On peut avoir un maintien sans subrogation, et, dans une certaine mesure, une subrogation limitée à la part des IJSS.
Le maintien du salaire légal est prévu par l'article L1226-1 du code du travail. Il s'applique au salarié qui compte au moins un an d'ancienneté dans l'entreprise, qui a transmis son certificat dans les 48 heures et qui est pris en charge par la Sécurité sociale. L'indemnité complémentaire débute au huitième jour d'arrêt, après un délai de carence de sept jours propre à l'employeur, et s'ajoute aux IJSS, elles-mêmes versées après un délai de carence de trois jours.
| Point comparé | Maintien de salaire | Subrogation |
|---|---|---|
| Ce qu'il règle | Le niveau de ressources du salarié pendant l'arrêt | Le circuit de versement des IJSS |
| Source | Article L1226-1 du code du travail, CCN | Article R323-11 du code de la sécurité sociale, CCN, usage d'entreprise |
| Obligation | Exigible sous conditions d'ancienneté | De plein droit si le salaire maintenu est au moins égal aux IJSS |
| Qui perçoit les IJSS | Le salarié, directement de la CPAM | L'employeur, pour la période subrogée |
| Effet sur la trésorerie | Complément seul à la charge de l'entreprise | Avance du salaire complet, remboursée ensuite |
Les durées d'indemnisation du maintien légal progressent avec l'ancienneté : 30 jours à 90 % de la rémunération brute, puis 30 jours aux deux tiers, soit 66,66 %, pour un salarié qui a entre un et six ans d'ancienneté. Chaque durée augmente ensuite de dix jours par période de cinq ans d'ancienneté, dans la limite de 90 jours pour chacune. La CCN fait souvent mieux : carence réduite ou supprimée, maintien à 100 %, ancienneté requise plus courte. C'est alors le régime le plus favorable au salarié qui s'applique.
Questions fréquentes sur la subrogation en arrêt maladie
L'employeur est-il obligé de pratiquer la subrogation ?
Pas dans tous les cas. Il y est tenu de plein droit s'il maintient un salaire au moins égal aux IJSS, et lorsque la CCN l'impose. En dehors de ces situations, la subrogation reste un choix de l'employeur, qui peut laisser le salarié percevoir directement ses indemnités de la caisse.
Comment faire une demande de subrogation ?
Le salarié peut adresser une demande écrite à son service RH ou à la personne chargée de la paie, en citant la CCN si elle organise la subrogation. Côté employeur, la demande de subrogation auprès de la CPAM passe par le signalement d'arrêt de travail en DSN, où l'on coche la subrogation et l'on renseigne la période.
Quels sont les impacts de la subrogation sur le salarié ?
Le salarié garde un revenu régulier, versé à la date habituelle de paie, et n'a pas à suivre lui-même le versement des IJSS. En contrepartie, il ne reçoit rien de la caisse pour la période subrogée : si l'employeur a fait une erreur de déclaration, c'est vers lui qu'il faut se tourner, et non vers la CPAM.
Le salarié à temps partiel peut-il bénéficier de la subrogation ?
Oui, dès lors qu'il remplit les conditions d'ouverture du droit aux IJSS. Le temps partiel influence le montant des indemnités, calculé sur les salaires réellement perçus, mais ne ferme pas l'accès à la subrogation.
Le calcul des IJSS et du salaire maintenu
Pour savoir ce que l'employeur avance et ce qu'il récupère, il faut distinguer deux calculs : celui des indemnités journalières de la sécurité sociale, puis celui du complément dû par l'entreprise.
L'indemnité journalière maladie est égale à 50 % du salaire journalier de base. Ce salaire journalier de base se calcule à partir des trois derniers salaires bruts précédant l'arrêt, dans la limite de 1,4 fois le SMIC mensuel, plafond rappelé par la fiche F3053 de service-public. L'IJSS maladie est due à partir du quatrième jour d'arrêt, après le délai de carence de trois jours, sauf exceptions (affection de longue durée, arrêts successifs sans reprise de plus de 48 heures).
Le complément de l'employeur, lui, vise un pourcentage de la rémunération brute que le salarié aurait perçue s'il avait continué à travailler, sous déduction des IJSS. Si la CCN garantit un maintien à 100 %, l'employeur verse l'intégralité du salaire, et la subrogation lui permet de récupérer directement la part des IJSS.
Un exemple chiffré de fonctionnement
Prenons un salarié avec trois ans d'ancienneté, arrêté 20 jours pour maladie, dans une entreprise dont la CCN impose la subrogation mais pas d'amélioration du maintien légal. Les trois premiers jours relèvent de la carence de la sécurité sociale, les sept premiers de la carence employeur. Du quatrième au septième jour, seules les IJSS sont dues : l'employeur subrogé peut les avancer, sans complément. Du huitième au vingtième jour, soit 13 jours, l'employeur doit porter la rémunération à 90 % du brut. Sur le bulletin de paie, il déduit l'absence, puis verse un salaire maintenu égal à 90 % du brut sur ces 13 jours, IJSS comprises. La CPAM lui rembourse ensuite les IJSS des jours 4 à 20. Le salarié perçoit tout sur sa paie, en une fois, sans attendre le paiement de la caisse.
Ce que l'employeur gagne et risque à la subrogation
La subrogation a des avantages réels pour l'entreprise, mais elle implique une gestion administrative rigoureuse. C'est une décision de politique RH autant qu'une question de paie, et elle mérite d'être examinée lors d'un audit des pratiques RH et de la conformité sociale.
- Côté avantages : climat social apaisé, salarié qui ne subit pas de trou de trésorerie, bulletin de paie lisible, et, dans le cas du maintien intégral, pas de risque de payer deux fois le salarié puisque l'entreprise reçoit elle-même les IJSS.
- Côté inconvénients : avance de trésorerie, délai de remboursement de la caisse parfois long, suivi à organiser, et risque de perdre des sommes si le signalement DSN est incomplet ou tardif.
- Côté conformité : le refus de subroger alors que la convention collective l'impose expose l'employeur à une réclamation du salarié, voire à une action devant le conseil de prud'hommes.
Dans les entreprises dotées d'un comité social et économique, les règles internes de gestion des absences, et donc la pratique de la subrogation, peuvent faire l'objet d'une information du CSE et de ses attributions en matière de conditions de travail, notamment lorsqu'un texte négocié les modifie.
Le rôle de la prévoyance et des garanties complémentaires
Au-delà du maintien légal et conventionnel, de nombreuses entreprises ont souscrit un contrat de prévoyance collective, qui verse des indemnités complémentaires en cas d'arrêt maladie long. L'organisme de prévoyance peut lui aussi verser ses prestations à l'employeur, qui les reverse au salarié sur son bulletin de paie : on parle alors de subrogation de prévoyance, distincte de la subrogation de maintien avec la CPAM.
Cette architecture à trois étages (sécurité sociale, employeur, prévoyance) explique la complexité de nombreux bulletins de paie en période d'arrêt. Chaque étage a ses propres conditions, sa propre durée et son propre délai de versement. La règle générale reste que le salarié ne peut pas percevoir, tous étages confondus, plus que ce qu'il aurait gagné en travaillant : le salaire net maintenu sert de plafond.
Fin de subrogation : quand et comment elle s'arrête
La subrogation cesse lorsque l'employeur ne maintient plus le salaire, parce que la durée du maintien légal ou conventionnel est épuisée. À cette date de fin de subrogation, la CPAM reprend le versement direct des IJSS au salarié. L'employeur doit donc déclarer en DSN la date exacte de fin de subrogation, faute de quoi la caisse continue de le rembourser, puis réclame un trop-perçu, ou à l'inverse le salarié attend un paiement qui ne vient pas.
Elle s'arrête aussi à la reprise du travail, en cas de rupture du contrat de travail, ou lorsque le salarié atteint la durée maximale d'indemnisation par la sécurité sociale : 12 mois d'IJSS par période de trois ans dans le cas général, et jusqu'à trois ans en cas d'affection de longue durée, selon service-public. En cas d'arrêt très long, la reprise du versement direct au salarié doit être anticipée et expliquée, pour éviter une rupture de ressources incomprise.
Pour l'entreprise, le suivi de la fin de subrogation fait partie des points de contrôle à prévoir avec le gestionnaire de paie : relevé des arrêts en cours, date de fin de maintien calculée pour chaque salarié selon son ancienneté, et vérification des remboursements reçus. C'est le même type d'outil qui sert à préparer un entretien annuel ou un retour après une longue absence, où la question de la reprise progressive se pose souvent.
Accident du travail et maladie professionnelle : ce qui change
En cas d'accident du travail ou de maladie professionnelle, les indemnités journalières sont plus élevées et versées sans délai de carence, dès le lendemain de l'arrêt. Le maintien de salaire par l'employeur démarre lui aussi sans attendre le huitième jour : l'article L1226-1 du code du travail et le décret d'application prévoient une indemnisation dès le premier jour d'absence dans ce cadre. La subrogation fonctionne de la même manière, et elle est particulièrement fréquente, puisque le maintien de salaire démarre immédiatement.
Le signalement de l'accident du travail suit en revanche un circuit propre : déclaration d'accident à la caisse dans les 48 heures, puis signalement d'arrêt en DSN. Une erreur de nature, maladie déclarée au lieu d'accident, entraîne un calcul faux des IJSS et donc des sommes avancées que la caisse ne rembourse pas à l'identique.
Données, documents et contacts : le dossier pratique
La subrogation ne demande pas de formulaire papier spécifique : tout passe par la déclaration mensuelle et par l'espace employeur du site de l'assurance maladie (ameli), où l'entreprise suit les remboursements reçus. Les données nécessaires sont connues du service paie : numéro SIRET de l'établissement, numéro de sécurité sociale de l'assuré, IBAN et RIB du compte qui recevra les indemnités, dates d'arrêt et salaires des mois précédents. Un SIRET erroné ou un changement de compte bancaire non signalé suffit à bloquer les paiements ; le correspondant de la caisse reste alors le bon contact, par la messagerie de l'espace employeur.
Le maintien légal trouve son origine dans la loi du 19 janvier 1978 relative à la mensualisation, qui a généralisé l'accord national interprofessionnel de 1977. Ce texte fixe un socle ; la CCN, le contrat de travail ou un dispositif de prévoyance peuvent l'améliorer. Chaque nouvelle embauche est l'occasion de vérifier quelle solution s'applique au collaborateur, et chaque nouveau contrat de prévoyance souscrit auprès d'un assureur mérite la même relecture, car les taux de prise en charge et les conditions d'activité y varient d'un organisme à l'autre.
La question ne se pose pas pour le travailleur indépendant, qui n'a pas d'employeur pour le subroger : il perçoit ses indemnités directement. Dans la fonction publique, le régime des titulaires obéit à d'autres règles. Pour le comptable ou l'expert chargé de gérer la paie d'une petite structure, le bon réflexe est de choisir une solution de paie qui gère la subrogation nativement, correspondant à la caisse nationale comme aux organismes de santé complémentaire, mutuelle comprise. Un conseiller de la caisse peut apporter une réponse écrite en cas de doute sur un dossier, et les arrêts pour motifs médicaux transmis par le médecin restent confidentiels : l'employeur n'en connaît que les dates.
Les bonnes pratiques de gestion pour l'entreprise
Une subrogation bien gérée repose sur quelques réflexes simples, qui valent quelle que soit la taille de l'entreprise :
- vérifier la convention collective et les textes applicables avant de décider de subroger ou non ;
- faire le signalement d'arrêt en DSN dans les délais, avec la mention de subrogation et ses dates ;
- tenir un tableau de suivi des sommes avancées et des IJSS reçues, salarié par salarié ;
- déclarer sans tarder toute prolongation ou toute reprise anticipée ;
- informer le salarié, par écrit, du fait que l'entreprise pratique la subrogation et de la date prévue de fin.
Ces informations sont aussi utiles au salarié : savoir qui lui verse quoi, et jusqu'à quand, lui permet de vérifier son bulletin de paie et de réagir en cas d'anomalie. La transparence sur la subrogation fait partie d'une gestion des absences respectueuse, au même titre que le maintien du lien pendant l'arrêt de travail.

















